Lundi 1 juin 2009
(à mettre en relation avec http://philosophie.blogs.liberation.fr/noudelmann/2009/05/lhumain-est-une-enveloppe-facebook-est-son-message.html#more)


Une personne avec qui je parlais il y a encore trois heures, m'a dit que j'étais "cinglé", et que je me comportais comme un adolescent.

Ce n'est pas tout à fait vrai : je suis un original narcissique. Ce qui n'est certes guère plus défendable.

Mais curieusement j'ai quand même souffert parce que, même sans avoir su le formuler correctement, cette personne aura sans doute trop bien rappelé à mon attention ce qui était pourtant patent : l'autre mot pour "originalité", c'est "égoïsme", et un mot plus précis encore pour "narcissique", c'est "psychorigide" . Je suis un pauvre type capable de chialer devant le Finale de "La 25ème Heure" de Spike Lee ou la 1236ème rediffusion du dernier épisode de Friends, mais incapable de compatir profondément pour le clochard en haillons en train d'agoniser sur le trottoir, voire d'avoir la moindre compassion pour un sarkoziste qui voit son idole chuter à moins de 75% d'opinions favorables dans les sondages...

Si je n'ai rien d'autre que ma petite personne, il faut bien que j'en déduise les conséquences : je n'ai de facto rien à donner à part le spectacle de mes caprices et de mon incapacité à me construire une identité qui irait au-delà d'une façade pour faire illusion (car il faut bien donner le change). Pire : je suis incapable de recevoir de l' Autre, "quantité abstraite à laquelle il est inutile de vouloir se réconcilier, et vain de vouloir se comparer" (Baudrillard).

Objectivement, peut-être que l'amour seul ouvre et peut se révéler source de félicité.
Mais peut-être bien que - tout aussi objectivement -, c'est une chose méprisable, voire détestable qui nous détourne de la (recherche de la) vérité. Et puis, en fin de compte, ça demande autant de "compétences" et d'"attributs" que n'importe quel "job". Pourquoi insister quand on n'a ni les uns, ni les autres ? Qui oserait clamer "j'ai de l'amour à donner" ou "je recherche de l'amour", à une époque où l'on est sommé de vendre sa personnalité, produit bankable comme un autre ?

Allons un peu plus loin : N'assumerais-je pas un narcissisme immanent et total, là où d'autres ont besoin d'un regard autre, le miroir dans lequel l'on se contemple en aimant ?

Car - franchement -, qu'est-ce qu'aimer, sinon aimer aimer et s'aimer aimer ?
Intolérable involution quand on en vient à l'amour, dont chacun persiste à vouloir confondre ses multiples évocations comme étant les manifestations spontanées d'une quintessence supérieure que serait l'Amour (avec un grand A), alors même que ce dernier n'existe pas dans l'absolu, qu'on doit au contraire le réinventer en tout lieu et tout instant, si l'on ne veut pas en court-circuiter les péripéties, les chances d'évoluer par soi-même, qui font qu'on peut se l'approprier et le positionner dans le cheminement de nos quêtes personnelles ?

C'est vrai, après tout : je deviens de plus en vieux et misanthrope, chaque jour. Non pas que j'en souffre : le véritable mot, c'est "épuisé". Je suis profondément las.

Je pense parfois que l'idée de "machine à suicide" - idée utilisée (reprise ?) par le démiurge Yukito Kishiro dans son évocation de la société totalitariste de l'univers de "GUNNM" - est tout à fait défendable. Camus ne disait t'il pas qu'en tout point de l'Histoire, l'humanité franchit un pas quand un problème politique est considéré d'un point de vue humain ? Un citoyen qui se sentirait inutile pour la société aurait ainsi la possibilité de se retirer dignement, avant que la vie n'achève d'en faire un mort. Bien sûr, il faudrait instaurer des instances intermédiaires : des comités d'éthique et des suivis psychologiques pour aider familles et proches à accepter la chose... mais les résultats seraient là : seuls les plus heureux - donc les plus à même de tout donner, d'être performants et d'assurer la pérennité de la société - survivraient.

On résoudrait ainsi à la fois le problème du chômage et du suicide, en réduisant l'un par la suppression (ô combien) définitive de demandeurs d'emploi ("sous-qualifiés", "trop vieux","ne présentant pas assez bien", etc, etc.) et en permettant d'avoir une régulatin contrôlée l'autre : la systématisation du suicide n'inciterait t'elle pas chacun à se dépasser, à faire tout son possible pour ne pas en arriver à cette extrémité ? De plus, quoi de pire pour quelqu'un que de retrouver le cadavre d'un proche suicidé ou d'avoir à l'identifier à la morgue, sinon d'avoir à assumer l'entretien d'un déficient mental qui s'est raté en ayant tenté de se tirer une balle ou se pendre parce que celui-ci, dans la solitude de son désarroi, s'y sera mal pris ?

La systématisation du suicide permettrait une élimination décente, efficace et respectueuse de tant de gens qui ne voient plus de sens à rester en vie, plutôt que de chercher à tout prix à leur inoculer artificiellement des "raisons de vivre".

Vous dites "amour" ?
Par Dark parmentier - Publié dans : Paumé-attitude - Communauté : communauté des patates libres
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